LA RESIDENCE (1969)
Premier film de Narciso Ibáñez Serrado, La Résidence (1969) est l’une des oeuvres fondamentales du cinéma fantastique/horrifique de l’Espagne franquiste des années 70. Ce cinéaste, réalisateur de seulement deux films, aura débuté au théâtre à divers postes, avant d’attaquer celui de metteur en scène. Ses pièces ne voient cependant jamais le jour, la censure de l’époque l’en empêchant. Il va par la suite travailler pour la télévision, notamment comme présentateur, avant de s’attaquer au métier de réalisateur.
La Résidence se déroule en France, dans un pensionnat pour jeunes filles typique de l’époque. Nous y suivrons la dernière arrivée, devant faire face à un climat malsain tinté de sévices corporels, ceux-ci instaurés principalement par sa directrice : la terrible Madame Fourneau (incarnée par l’allemande Lilli Palmer).

Le pensionnat se veut profondément inquiétant, tout en étant magnifiquement filmé. Serrador semble déjà proposer, dès son premier long-métrage, une maîtrise importante de la mise en scène, en plus d’adopter une approche assez expérimentale. La Résidence est un film qui fera date pour tous les cinéastes des seventies qui n’auront de cesse de s’en inspirer, Dario Argento en premier. Le long-métrage va donc non seulement influencer le milieu artistique, mais aura également un impact sur le grand public. Il fut en effet l’une des premières oeuvres de ce type à apparaître, ouvrant la voie aux suivantes.
C’est tout le cinéma d’horreur gothique moderne qui se cristallise dans La Résidence. Les éclairages sont sublimes et aident à retranscrire cette ambiance aussi unique que fantomatique. Le pensionnat est oppressant et les personnages qui y déambulent ne semblent pas de bon augure. Difficile de comprendre comment cette oeuvre si singulière a pu rester sous les radars si longtemps, au profit d’autres métrages qu’elle a inspiré. C’est un authentique film de genre, jouant énormément sur le questionnement de la présence du fantastique au sein du récit.

Si le twist final peut être prévisible, c’est bien l’atmosphère globale qui fait tout le sel de l’histoire. Le film traite largement plus de la psychologie de ses protagonistes que de sa dimension « slasher ».
La galerie de personnages qui nous est proposée erre en un perpétuel voyage sinueux et opaque. Ce labyrinthe est mental, mais fait écho à celui de la résidence même, en tant qu’unité de lieu. Il est à noter que Serrador réalisera ensuite Les Révoltés de l’an 2000 (1977), immense oeuvre à (re)découvrir de toute urgence, mais largement plus connue.
La Résidence est une oeuvre sensorielle qu’il est compliqué de décrire, tant elle doit principalement se ressentir.
Vladimir Delmotte
Dit «Le Comte», Vladimir est passionné de cinéma depuis qu’il est tombé sur une rediffusion CANAL+ en crypté de «Gorge Profonde». Il n’a de cesse depuis lors de hurler sur des publics de cinéclub, voire sur de simples passants dans la rue pour expliquer à quel point les images en mouvement, c’est trop génial. Plus de publications u>
