Le cinéma espagnol aura offert sous sa période franquiste un nombre conséquent d’oeuvres atypiques, dont la plupart sont quasiment inconnues du grand public…
Dans ce cadre, le cinéaste Leon Klimovsky fut l’un des réalisateurs les plus prolifiques, avec plus de septante films à son actif. Son début de carrière, principalement tourné vers les drames et les westerns, n’est pas forcément celui qui le représentera le plus. Dès le début des années 60, sa filmographie se verra garnie par l’arrivée du genre horrifique, qui le suivra jusqu’à sa fin de carrière.
On retrouve dès lors une grande inspiration des figures classiques du cinéma, avec par exemple La Saga de Los Draculas (1973), La Orgía Nocturna de Los Vampiros (1974), The Werewolf vs Vampire Woman (1971) ou encore Doctor Jekyll and the Werewolf (1972). Rien qu’avec ces titres, le spectateur peut faire un lien évident avec les Universal Monsters ou les productions de la Hammer, figures d’inspiration centrale pour ce type de films.

C’est au cours de cette vague de films d’horreur que Klimovsky réalisera The People Who Own the Dark en 1976. Si ce film fut à l’époque vendu comme une oeuvre similaire aux précédentes, on se rapproche pourtant bien plus d’un cinéma de science-fiction et d’anticipation, à l’instar de pas mal de productions de l’époque de la Guerre Froide.
Le récit, semblant tout droit inspiré du roman culte Je suis une Légende (1954) de Richard Matheson, décrit comment un groupuscule d’aristocrates libidineux ayant échappé à une explosion nucléaire se retrouve confronté à une menace inattendue. Toutes les personnes ayant assisté à l’explosion sont, en effet, devenues aveugles et vont se mettre à attaquer les protagonistes.
Klimovsky semble vouloir réaliser une version espagnole du célèbre La Nuit des Morts-Vivants (1968) de George A. Romero, tout en liant cela au livre de Matheson. Si le film fondateur du zombie au cinéma avait un discours politique totalement involontaire, The People Who Own the Dark, de son côté, se veut assez explicite dans son commentaire. Le cinéaste vient ici opposer les riches aux classes sociales inférieures. Les aveugles ne sont pas des créatures rampantes, mais simplement des laissés-pour-compte méprisés par l’aristocratie ; leur lutte pour s’en prendre aux protagonistes se veut donc résolument compréhensible. Ces personnages que nous sommes contraints de suivre rappellent par instant les fascistes de Salò ou Les 120 journées de Sodome (1975), des êtres immondes que l’on prendra ici presque plaisir à voir succomber sous les attaques des aveugles.

Si le film ne bénéficie pas en tant que tel d’un travail de mise en scène aussi important que les précédentes oeuvres citées, il a pour lui d’être très explicite dans ses références, ainsi qu’au commentaire qu’il veut mettre en place. Il en résulte en un long-métrage clair, représentant son époque et possédant pour lui une originalité unique dans le choix de ses « antagonistes ». Les élites riches sont ici malmenées par ces prolétaires aveugles, bien décidés à en découdre.
The People Who Own the Dark, c’est donc l’occasion d’une découverte unique et singulière.
Les plus attentifs remarqueront la présence de Paul Naschy, figure importante du cinéma d’exploitation espagnol, dans un petit rôle.
Vladimir Delmotte
Dit «Le Comte», Vladimir est passionné de cinéma depuis qu’il est tombé sur une rediffusion CANAL+ en crypté de «Gorge Profonde». Il n’a de cesse depuis lors de hurler sur des publics de cinéclub, voire sur de simples passants dans la rue pour expliquer à quel point les images en mouvement, c’est trop génial. Plus de publications u>
