28/10 AMUSEMENT PARK + NIGHT OF THE LIVING DEAD

Amusement Park

Retrouver une œuvre inédite d’un cinéaste culte ne peut que faire frémir l’échine de tout cinéphile. Exhumé en 2018, le parc d’attraction cruel de George A. Romero atteint enfin nos écrans.
On peut marquer au fer rouge sa génération et ne pas trouver la voie de la reconnaissance. Malgré le séisme généré par La Nuit des morts-vivants en 68, George Romero ne rencontre pas le succès en entrant dans les seventies. En difficulté financière, il accepte la proposition de la Lutheran Service Society de Pennsylvanie de réaliser un moyen métrage sur les difficultés vécues au troisième âge. Accompagné de sa famille de cinéma, Romero transforme le film institutionnel attendu en une satire mordante et surréaliste où un vieil homme se voit malmené dans un parc allégorique dont chaque attraction le pousse un peu plus au bord de la folie. Inattendu, le résultat désarçonnera ses commanditaires qui en limiteront drastiquement la diffusion. Filmé en mode guérilla en trois jours, Amusement Park dépasse le statut de simple curiosité en se plaçant comme véritable maillon du parcours artistique du réalisateur (on y retrouve son regard incisif baigné d’un réalisme poétique noir, cru), évoquant dans sa vision de la vieillesse autant la mélancolie du magnifique Martin que l’imagerie des silhouettes déambulantes et le propos social de Zombie.

La Nuit des morts-vivants

« Mai 68 » du cinéma fantastique, La Nuit des morts-vivants a jailli du fond de l’industrie du cinéma d’exploitation horrifique pour en dynamiter les codes et marquer son histoire d’une empreinte indélébile dont l’onde de choc se ressent encore aujourd’hui.
S’il n’invente ni le zombie ni le mort-vivant, déjà présents dans le folklore populaire, le cinéma ou la littérature (« Je suis une Légende » de Matheson aura une influence considérable sur le film), George Romero va néanmoins imposer dans l’imaginaire collectif sa conception du monstre. Anthropophage mu par son instinct de consommation de chair, vecteur d’une pandémie galopante qu’aucune institution ne parvient à juguler, le mort-vivant de Romero inspire autant une redoutable mise en scène de la terreur que le commentaire social féroce, le cinéaste parvenant à fusionner ces deux aspects pour en amplifier leur portée respective. Le tempérament farouchement indépendant du cinéaste, et sa capacité à travailler dans des budgets réduits à l’extrême où le système D prévaut, l’amène à repousser les limites narratives du genre et à cultiver un univers esthétique où le réel se révèle cauchemar, et où le cauchemar parle fondamentalement du réel. Plus d’un demi-siècle après sa réalisation, La Nuit des morts-vivants, et son atmosphère de fin du monde vécue à échelle humaine, continue d’alimenter un cinéma fantastique contemporain qui ne mesure pas toujours la dette qu’il doit à George Romero. L’occasion est donc donnée de célébrer le cinéaste comme il se doit.